Alors qu’Infantino se targue de vouloir « mondialiser » un peu plus le football, cette nouvelle formule de la Coupe du monde des clubs risque encore d’illustrer la différence entre l’Europe et le reste du monde. La répartition du prize money l’illustre déjà alors que l’écart semble encore beaucoup trop grand pour espérer un tournoi ouvert et un autre vainqueur qu’un club issu du Vieux Continent.

Il y a du beau monde dans cette Coupe du monde des clubs. Bien sûr, il manque Liverpool ou encore le FC Barcelone. Mais le plateau est plus que sexy. Et hétéroclite évidemment. Douze formations européennes, six sud-américaines, quatre asiatiques, quatre africaines, cinq de la Concacaf (Confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et Caraïbes) et une venue d’Océanie : toute la planète football est plus ou moins représentée. C’était évidemment le souhait de Gianni Infantino. Enfin l’un de ses souhaits.
Envieux de l’UEFA et de sa poule aux oeufs d’or – la Ligue des champions -, le président de la FIFA a certes d’abord pensé ce projet dans un but lucratif. Dès son arrivée en 2016, il était soucieux d’augmenter les sources de revenus. Mais il a aussi souhaité ouvrir ce Mondial à toutes les parties du monde. « Nous voulons être inclusifs. Nous voulons offrir des opportunités aux clubs du monde entier, a-t-il rappelé jeudi. Il s’agit véritablement de mondialiser le football, de le rendre véritablement mondial. On dit que c’est le sport numéro un au monde, et c’est le cas, mais l’élite est très concentrée dans un nombre restreint de clubs et de pays ».

Des primes de participations déjà déséquilibrées

Les propos sont louables. Mais des questions s’imposent cependant à l’aube de ce Mondial des clubs nouvelle version : ce trophée peut-il échapper aux Européens ? Et ne va-t-il pas encore et toujours contribuer au déséquilibre entre l’Europe et le reste du monde ? Pour venir à bout des résistances des grandes écuries européennes, la FIFA a en effet concédé des primes de participation très alléchantes pour les meilleures équipes du Vieux Continent : jusqu’à 38 millions de dollars… contre 9.55 pour les formations d’Asie, de MLS ou 15.1 pour les équipes sud-américaines par exemple. De quoi contribuer encore à permettre à « l’élite concentrée » de rester dans son monde. Surtout que les formations européennes risquent aussi de faire le plein avec les primes de performances qui sont colossales.
C’est notamment le cas car l’Europe débarque en force. Avec 12 représentants, l’UEFA possède de loin le plus gros contingent du plateau. Et dans le lot, il y a de belles cylindrées. On trouve notamment le PSG, tout frais champion d’Europe, l’Inter Milan, son finaliste malheureux, le Real Madrid de Kylian Mbappé, Vinicius et Jude Bellingham, l’Atletico Madrid d’Antoine Griezmann, le Manchester City de Pep Guardiola ou encore le Bayern Munich de Harry Kane. Et si les Sud-Américains espèrent ne pas faire de la figuration avec les clubs brésiliens (Botafogo, Flamengo Fluminense, Palmeiras) ou argentins (River Plate et Boca Juniors) ou que la présence de Lionel Messi avec l’Inter Miami attise les regards, un gouffre est encore flagrant entre les clubs européens et le reste du monde.

Le palmarès du Mondial en dit long…

Il suffit de regarder les dernières éditions de la Coupe du monde des clubs pour se donner un petit aperçu de la question. En 2023, Manchester City avait ainsi marché sur l’épreuve (3-0 contre Urawa Red Diamonds en demie puis 4-0 en finale face à Fluminense). En 2022, c’est le Real Madrid qui s’était amusé contre Al Ahly en demie (4-1) puis face à Al-Hilal en finale (5-3). C’est simple, l’Europe a remporté 17 des 18 dernières Coupes du monde des clubs. Et il faut remonter à 2012 pour retrouver le dernier sacre d’une équipe non issue du Vieux Continent avec les Corinthians.
Depuis et pendant 11 tournois, le représentant européen est toujours allé au bout. Inlassablement. Avec 12 formations sur la ligne de départ sur 32 participants, on voit donc mal ce nouveau trophée filer entre les mains de l’Europe. Même si la fatigue sera évidemment au rendez-vous après une saison déjà éreintante pour les poids lourds européens. Mais le risque là serait plus de voir une nouvelle Ligue des champions à partir des quarts avec des équipes européennes, qui engrangeraient alors un maximum de primes encore et toujours. Ce qui remettrait en question le beau discours d’Infantino sur son souhait de contribuer à la mondialisation du football.

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